
[…] Je saisis mon épée, épuisé mais déterminé. D’un mouvement large, j’écrasai les créatures du plat de la lame, balayant ce qu’il restait de la nuée. Enfin, les dernières araignées s’effondrèrent, et le silence retomba. […]
Kuro poussa la porte de bois au sud, qui s’ouvrit dans le silence, seulement troublé par le murmure des vagues. Une lueur blafarde vacillait dans l’obscurité de la salle. Au centre, un homme en armure sombre psalmodiait d’étranges incantations, ses mains traçant des figures dans l’air saturé d’une énergie malsaine. Le sol était couvert de runes anciennes, luisant d’un éclat spectral. Au-dessus de lui, des cocons sinistrement suspendus au plafond oscillaient lentement, bercés par le roulis du navire. À travers les membranes translucides, Kuro distingua des silhouettes humaines prisonnières, figées dans un sommeil inquiétant… ou pire.
Nous retournâmes près des escaliers pour élaborer un plan. Fallait-il poursuivre notre avancée ou rebrousser chemin jusqu’au navire afin de revenir mieux préparés? L’hésitation était palpable.
— Nous ne savons presque rien de ce qui nous attend, mieux vaut ne pas prendre de risques inutiles, fis-je remarquer à mes frères et sœurs.
— Et si nous partons maintenant, qui sait ce que cet endroit nous réservera à notre retour ? répliqua Shyv et Kuro, le regard brûlant de détermination.
Les avis s’affrontèrent. Je prônais la prudence, les autres refusaient de tourner les talons après être arrivés si loin. Je pesai les arguments, sentant l’urgence de la décision. Finalement, nous tranchâmes. Nous resterions. Qu’importent les dangers, nous irions jusqu’au bout de notre mission.
Le plan était simple, mais risqué : foncer dans la salle, profiter de l’effet de surprise et abattre l’homme en pleine incantation avant qu’il n’ait le temps de réagir. Pas de subtilité, pas de détours. Un assaut brutal et décisif.
D’un coup puissant, j’enfonçai la porte et me ruai sur l’homme sans lui laisser le temps de réagir. Mes dagues frappèrent avec précision, s’enfonçant dans des points vitaux censés le forcer à plier le genou. Le choc fut brutal… mais suffirait-il à l’arrêter ?
Il ne broncha même pas sous mes attaques, comme si je frappais une pièce de bœuf trop dure pour être entaillée. Mes lames s’enfonçaient, mais sans provoquer la moindre réaction. Pourtant, à chaque coup porté, une étrange vapeur jaunâtre s’échappa de sa peau, flottant dans l’air comme un nuage de spores malsaines. Un frisson me parcourut l’échine.
Je sentis immédiatement la vapeur jaunâtre lourde qui envahissait mes poumons. Un venin diffus, insidieux, s’y immisça, comme si chaque souffle me tirait un peu plus vers l’abîme. Mes poumons se resserraient, comme s’ils s’atrophiaient sous l’effet de cette étrange toxine, et une douleur lancinante se propagea à chaque respiration. Pourtant, je refusais de céder. Malgré la brûlure qui m’étreignait la poitrine, je me forçai à reprendre mon souffle, à lutter contre ce poison invisible. Le venin voulait me paralyser, mais je n’allais pas m’effondrer aussi facilement. Je résistais, me concentrant sur chaque mouvement, chaque pensée, pour repousser la suffocation qui m’envahissait.
L’homme se tenait là, comme une silhouette de cauchemar, sa peau d’un gris sombre se fondant presque dans l’obscurité. Son visage, marqué par la dureté, portait une prothèse métallique sur la mâchoire, une structure de fer forgé qui semblait fusionner avec sa chair. Cette mâchoire n’était pas simplement une partie de son visage, mais une arme en soi, prête à mordre et à écraser. Lorsqu’il se préparait à bouger, la prothèse cliquetait d’un bruit sinistre, un avertissement de la violence qu’elle était capable d’infliger.
Ses mains, déformées et puissantes, étaient dotées de griffes métalliques qui brillaient d’un éclat glacé dans la faible lumière. Comme des crocs acérés, elles semblaient faites pour déchirer et broyer tout sur leur passage. Chaque mouvement qu’il faisait dégageait une impression de menace absolue, comme si l’homme était un prédateur à la fois fait d’acier et de ténèbres, prêt à tout réduire en poussière.
L’homme se jeta sur moi avec une rapidité déconcertante. Sa mâchoire métallique claqua comme un piège infernal, prête à broyer tout ce qu’elle rencontrait. Il attaquait avec une brutalité sauvage, utilisant sa mâchoire comme une arme tranchante, fendant l’air avec une force démesurée. Ses griffes, acérées comme des rasoirs, suivirent dans un mouvement fluide, cherchant à m’atteindre là où je me croyais à l’abri.
Je me fendis en arrière, esquivant de justesse la mâchoire qui se refermait dans un cri métallique, juste au-dessus de ma tête. Puis, d’un saut rapide, j’évitai ses griffes, qui raclèrent le sol dans un bruit strident. L’air vibrait autour de nous à chaque coup, une danse mortelle où il frappait sans relâche, ses attaques aussi précises qu’imprévisibles.
Je restais sur mes gardes, chaque mouvement calculé, mes réflexes aiguisés à l’extrême. Il ne me laissait aucun répit, mais je savais qu’il finirait par commettre une erreur.
À sa dernière attaque, dans un mouvement brusque et imprécis, l’homme trébucha légèrement, ses griffes sifflant l’air sans toucher leur cible. C’était ma chance. D’un coup de rein, je me précipitai sur lui, profitant de l’ouverture. Sans hésiter, je plantai ma dague profondément dans son thorax, la lame s’enfonçant avec une violence sèche.
Mais à ma grande surprise, il ne réagit pas. Pas de cri, pas de tremblement, juste un cliquetis métallique de sa mâchoire qui se resserrait lentement, comme si la douleur n’était qu’une illusion pour lui. Il ne fit même pas mine de ressentir l’attaque, comme une machine impitoyable, indifférente à la souffrance.
Je reculai, une vague de perplexité me frappant. Cet homme… ou ce qu’il était devenu… ne semblait pas être soumis aux mêmes lois que nous.
À cet instant, Shyv entra dans la pièce comme un tourbillon de rage. Sans perdre une seconde, elle déchaîna une série d’insultes cinglantes, chacune plus mordante que la précédente, ses mots emplis de magie subtile et perfide. Les éclats de sa voix, accompagnés de murmures incantatoires, s’enroulaient autour de l’homme, frappant son esprit aussi violemment que des coups physiques.
L’effet fut immédiat. L’ombre de fer, jusque-là implacable, se tordit légèrement, comme si les mots de Shyv avaient percuté sa volonté, altérant son être d’une manière que mes dagues n’avaient pas pu. Chaque insulte semblait le faire vaciller, des bruits sourds s’échappant de sa mâchoire métallique, comme si la douleur mentale infligée par ces enchantements était bien plus insupportable que les blessures physiques.
Je le regardai, abasourdi, alors que l’homme recula sous la force des mots, haletant de manière étrange. Il n’était plus un monstre de métal et de chair, mais une créature accablée par une souffrance invisible, que seule la magie de Shyv semblait pouvoir atteindre.
Kuro se tenait droit, calme et concentré, les dagues serrées fermement dans ses mains. Il attaqua avec la précision d’un serpent, ses mouvements fluides et rapides, comme une danse mortelle. Chaque coup était une extension de sa maîtrise du corps. Ses dagues frappaient comme des extensions naturelles de ses bras, créant des éclairs d’acier dans l’air.
L’homme en face de lui tenta de contrer, mais Kuro était déjà en mouvement avant qu’il ne puisse réagir. Il se faufila autour de son adversaire avec une agilité presque surnaturelle, tranchant l’air avec ses lames, chaque coup porté à des endroits stratégiques. D’un revers rapide, il atteignit les tendons de son ennemi, affaiblissant ses mouvements. Puis, d’un coup net, il visa les points vitaux, ses dagues s’enfonçant dans la chair avec une précision extrême, semblables aux frappes d’un maître d’arts martiaux.
Il ne perdait jamais son équilibre, ses pieds se mouvant en parfaite synchronisation avec ses attaques. Comme un vent de tempête, il frappait et se déplaçait sans relâche, donnant à chaque attaque une force hypnotique et dévastatrice.
Soudain, un bruit sourd retentit du plafond, et deux araignées géantes tombèrent sur nous dans un assaut surprise. Leurs pattes griffaient l’air dans un ballet sinistre, et leurs crocs acérés brillaient dans la faible lumière. L’une d’elles se jeta directement sur moi, ses mandibules prêtes à m’embrocher.
Instinctivement, je fis un bond en arrière, esquivant de justesse la morsure qui s’abattait sur moi comme un coup de faucille. Le choc de l’attaque me fit trébucher, mais je parvins à me redresser rapidement. Pourtant, une étrange sensation m’envahit : je n’avais rien vu au plafond avant que les créatures ne s’abattent sur nous. Rien. Comme si elles étaient apparues de nulle part.
Mes yeux se fixèrent sur l’endroit d’où elles étaient tombées, cherchant désespérément un indice, mais l’ombre persistait. Un frisson me parcourut alors que je réalisais que ces araignées avaient dû être dissimulées dans l’obscurité, invisibles jusqu’à leur attaque brutale.
L’homme se lança à l’assaut avec une fureur dévastatrice. Ses griffes acérées frappèrent dans un mouvement brutal, attaquant en rafale. Ses griffes fendaient l’air avec une rapidité meurtrière, chacune visant à me déchirer en deux. Je réagis instantanément, me déplaçant en un mouvement rapide. La première griffe passa à quelques centimètres de mon visage, une bouffée d’air chaud m’effleurant. Je me baissai légèrement pour esquiver la seconde griffe, sentant le sol vibrer sous le passage de l’attaque manquée.
Mais avant même que je puisse reprendre mon équilibre, l’homme ouvrit la gueule dans un rugissement, ses crocs géants prêts à m’arracher la gorge. Mais cette fois, je n’évitai pas. D’un mouvement vif, je plaçai ma dague entre sa mâchoire et ma chair. Le métal de la lame se heurta au fer des dents avec un bruit sec, comme une étincelle frappant l’acier. J’avais paré l’attaque de justesse, ma dague tremblant sous la pression tandis que Krell tentait de refermer sa mâchoire sur ma lame. La force de son attaque me repoussa en arrière, mais je parvins à garder l’équilibre, les dents de la créature ne touchant pas ma peau, malgré la violence de son assaut.
Dans un dernier effort, je plantai ma dague profondément dans le cœur de mon adversaire. Son corps trembla sous l’impact, et un flot de sang noir comme de la suie monta lentement à ses lèvres, sa texture épaisse et visqueuse s’écoulant sur son menton. Dans un râle désespéré, il se redressa légèrement, une lueur de défi dans ses yeux mourants.
Puis, à la surprise générale, un rire éclata de sa gorge, un rire rauque et sinistre qui résonna dans la pièce comme un dernier écho de sa folie. “Il va vous tuer… vous êtes condamnés…” La menace, lancée avec une conviction glaciale, semblait plus terrible que tout ce qu’il avait pu dire auparavant.
Mais avant même que nous puissions répondre, un phénomène étrange se produisit. Les araignées, qui avaient jusque-là attaqué avec une rage aveugle, reculèrent soudainement, comme un groupe d’animaux effrayés par une menace invisible, elles se détournèrent de nous, s’éclipsant dans les ombres du plafond avec une rapidité qui frôlait le surnaturel, comme si quelque chose de bien plus effrayant que nous les poursuivait.
Le rire de Krell s’éteignit dans un dernier souffle, et nous restâmes là, l’air lourd de menace, alors que les araignées disparaissaient dans les ténèbres. Ce qu’il avait dit… ce n’était pas simplement une menace. C’était un avertissement. Et il ne faisait qu’ajouter à la tension qui pesait sur nous.